Samedi 7 février 2009 6 07 /02 /Fév /2009 11:17

En haut du village, un fort est livré à des camionnettes grises. Des hommes seuls occupent les sièges avant mais ne sortent pas. L'entrée est défendue par un panneau factice indiquant "zone militaire, défense d'entrer" mais les villageois recommandent de ne pas en tenir compte. C'est une sorte de terrain vague où l'on pourrait imaginer aussi bien les guetteurs de la plus haute antiquité que les trafics les plus louches, une fois la nuit tombée.
Je m'avance dans une sorte d'amphithéâtre, où j'ai à peine posé les pieds qu'une femme se retourne sur moi et se met à crier comme une folle. Ca fait peur. Pourtant, l'endroit domine le goulot par où la mer noire entre dans le Bosphore. Tout devant, au fond sombre à l'est, c'est la Crimée, derrière la brume de mer.

De cette place stratégique, on rejoint un port dont les pêcheurs, revenus de mer dès le milieu d'après-midi, s'escriment à leurs filets. Au-dessus d'eux, un grand phare blanc s'élève, et un restaurant perché. Lorsqu'on vient y commander à l'orée de la nuit, les tables sont si vides qu'en me retournant pour appeler un serveur, ils sont trois nez à nez avec moi, sur le pied de guerre. Ils refuseront longtemps de nous laisser payer l'addition.

La jetée est constituée de centaines de gros
blocs en béton (2 fois 2 fois 2 mètres). Quand on la suit, jusqu'au bout, les oiseaux s'élèvent jusqu'aux cabanes des falaises, dans la fumée d'un débarcadère. Là, devant l'embouchure où les cargos pénètrent un à un, le paysage est si tranquille et puissant qu'on voudrait y apaiser quelque chose de soi comme une émotion ou un souvenir.

(rafistoler)
Par romainrama
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